Une Migration

Heureuse

Je suis animatrice à la MJC Bazin, et par le hasard des rencontres, j'ai fait la connaissance de Demis, un jeune Albanais de 19 ans, arrivé en France il y a trois ans. 

Demis a accepté de me raconter son aventure de migrant, et sa détermination à poursuivre l'objectif qu’il s’est fixé alors qu’il n’avait que 16 ans. Il parle très bien le Français, il a travaillé pour une MJC avec une amie qui nous a présentés.

Vous trouverez ici la transcription de cette interview.

 

Demis comment était ta vie en Albanie ?

 

J’avais des projets de vie que l’Albanie ne pouvait pas m’offrir …certaines personnes de mon entourage étaient très influentes, elles étaient sur d’autres voies on va dire, des chemins que je ne voulais pas prendre pour moi.

A l’école je sentais que j’avais des capacités mais ça avançait lentement, pas assez vite tu vois ?

En Albanie le diplôme ne fait pas tout, tu peux être bon à l’école, avoir le diplôme mais ce qu’il faut surtout c’est connaitre les bonnes personnes, celles qui sont bien placées pour te positionner sinon c’est difficile d’avoir un bon emploi ; Les salaires sont bas dans mon pays. Le problème c’est qu’après tu es redevable aussi de ça, bref c’est un cercle vicieux …

Ma mère est réceptionniste dans un Hôtel, économiquement ça va pour nous... ça pourrait être pire !

 

Comment as-tu eu l’idée de venir en France ?

J’avais un ami albanais parti quelques temps plus tôt en France, à Nancy. On gardait le contact ensemble et puis un jour je lui ai posé des questions, si tout marchait bien pour lui, s’il n’avait pas de problème, comment ça se passait, s’il s’en sortait bien, etc.

Il m’a dit que tout allait très bien pour lui ici et je lui ai demandé si je pouvais le rejoindre en France ; il m’a répondu : - « oui ».

A ce moment j’ai 16 ans et demi, ma décision est prise je veux vivre en France avoir un diplôme et un travail pour les études que j’aurai faites !

 

As-tu parlé de ton projet de partir à ta famille en Albanie ?

J’en ai parlé avec mon frère, il avait 14 ans à l’époque, lui aussi partageait l’idée de partir, il voulait me suivre, il n’avait pas envie de rester en Albanie sans moi.

J’ai discuté avec ma mère, elle a beaucoup pleuré, mais elle a compris notre choix, elle a accepté pour un meilleur avenir pour ses deux enfants, de nous laisser partir.

Comment as-tu trouvé l’argent pour ton voyage, Demis ?  Peux-tu me raconter ta traversée ?

C’est ma mère qui m’a financé mon voyage, cela a couté pour mon frère et moi environ 300 euros, nous avons pris le bateau jusqu‘en Italie puis de Milan nous avons pris le bus jusque Nancy.

Quand tu es arrivé en France tu ne connaissais que ton ami ? Qu’as-tu fait ensuite ?

Lorsque je suis arrivé, sur les conseils de mon ami installé ici, je me suis présenté à la police avec mon frère. J’avais un peu peur quand même mais ça a été. On a attendu pas mal de temps. Puis, des éducateurs sont venus, nous sommes allés dans un hébergement une sorte de foyer pour les mineurs isolés étrangers. A mes 18 ans, j’ai bénéficié du dispositif Contrat Jeunes Majeurs de l’état. J’ai une chambre au Foyer de jeunes travailleurs « les abeilles » à Nancy.

L’école m’a beaucoup aidé. C’est une chance je trouve parce que J’ai beaucoup écouté, discuté avec les profs, les clients dans mes petits boulots et c’est comme ça que j’ai appris le Français.

Aujourd’hui j’ai signé un CDI à la pizzeria, je ne dépends plus de l’état pour payer mon loyer et c’est très important pour moi je ne veux pas profiter sans travailler.

Je vais passer mon bac pro à la fin de l’année au lycée Marie Marvingt, à Tomblaine ; tout se passe bien pour moi. Je vais au lycée de 8h30 à 17h00 à peu près et les soirs et week end je suis à la pizzeria, mes journées sont bien remplies mais j’ai encore du temps pour réviser et voir des amis donc ça va (rires).

J’espère avoir mon bac pour aller en BTS commerce l’année prochaine. Et puis avec le contrat de travail que j’ai, je peux rester en France, j’ai de la chance vraiment ça va pour moi et mon frère. Je poursuis mon but.

Bien sûr des fois ça a été très dur, j’étais triste, je trouvais tout trop dur j’étais trop fatigué et j’ai eu envie de tout lâcher, de revenir en Albanie, tu sais les fêtes de Noël, tout ça…ce n’est pas évident…je me sentais très seul des fois.

Qu’est ce qui a fait que tu te sois accroché à ton but malgré tout ? Où as-tu trouvé la force de continuer dans ces moment-là?

J’appelais ma mère : c’est la femme de ma vie ! Elle m’aide toujours et elle me boostait ! Elle m’a toujours soutenue, elle est venue me voir ici en France, on a eu beaucoup de peine à se quitter mais aujourd’hui on voit le résultat et on avance bien.

En plus, cet été je suis trop content, je revois ma famille en Grèce !  Cousins, oncles et tantes… que je n’ai pas vu depuis 3 ans !

Un mot de la fin pour clôturer notre entrevue Demis?

Je suis content d’avoir pu te raconter mon histoire, je n’ai pas trop l’occasion d’en parler et ça me permet de me rendre compte de ce que j’ai fait jusqu’à maintenant.

Nous nous disons au revoir et je laisse Demis qui va se préparer pour aller travailler à la pizzeria.